JSP: «Lorsque vous avez pris vos fonctions de président, vous étiez un béotien en matière halieutique, mais vous avez rapidement pris pied et vous vous êtes très bien accommodé à votre nouvel environnement. Vous dites dans le rapport annuel 2008 que vous avez la satisfaction de tirer pour la FSP un bilan « qui se laisse voir ». A quoi faites-vous concrètement allusion ?»
Werner Widmer: «L'événement marquant de ma présidence est sans doute le lancement de notre initiative pour la protection des eaux « Eaux vivantes ». Elle a permis à la FSP de démontrer au public que les pêcheurs et les pêcheuses aspirent en premier lieu à protéger et à rétablir l'état des eaux en tant qu'habitats. Nous avons créé par la suite avec Pro Natura et le WWF l'Association « Oui aux eaux vivantes » dont le but est d'assurer à l'initiative l'encadrement utile dans les milieux politiques. Je voudrais aussi mentionner le projet « Réseau suisse poisson en diminution », la création du Bureau suisse de conseil pour la pêche, les lignes directrices de la FSP concernant l'exploitation piscicole des cours d'eau, l'offensive lancée dans le domaine de la communication par la création du site Internet en deux langues, les News FSP et la Newsletter électronique, l'élaboration des plans de mesures cormoran et la pétition demandant des mesures efficaces de régulation des effectifs d'oiseaux piscivores.
«Pour l'organisation de milice qu'est la FSP, c'est une histoire à succès... »
«...imputable à son Comité directeur compétent, hautement motivé et dont l'engagement est sans faille. Je suis reconnaissant d'avoir pu travailler avec une équipe de personnalités provenant de différents coins du pays et des diverses régions linguistiques, et je suis content que la FSP ait pu rester une véritable organisation faîtière nationale au sein de laquelle la Suisse allemande n'est pas la seule à donner le ton. J'ai dirigé la fédération avec beaucoup de plaisir mais aussi avec beaucoup de respect pour les prestations des pêcheurs et pêcheuses à la ligne en faveur de la protection des milieux piscicoles.»
Tout n'est pas réglé
«Il y a encore quelques chantiers, notamment celui de la question des prédateurs qui n'est toujours pas réglée.»
«Ce n'était évidemment pas possible de régler tous les problèmes en huit ans. A l'exemple de celui des prédateurs, on observe qu'il faut s'attaquer à certains problèmes à l'échelle européenne. C'est ce qui s'est passé au sujet du fléau cormoran. On sait que les moulins européens tournent extrêmement lentement. Ils ne sont pas beaucoup plus rapides en Suisse. Je ne voudrais pas cacher que les contacts avec les protecteurs des oiseaux ont été quelque chose de particulièrement difficile à vivre. Il est quasi impossible de s'entretenir objectivement avec leurs porte-parole officiels. Espérons que cela changera un jour. Toujours est-il que la révision de l'ordonnance sur la protection des oiseaux devrait en principe permettre à l'avenir de réguler durablement les effectifs des prédateurs.»
Conclusion erronée
«La fonte des effectifs des membres est un autre sujet récurrent. Qu'est-ce que la FSP fait faux?»
«Selon moi, la FSP n'est pas la cause de cette évolution. Ce sont d'autres facteurs, par exemple les captures à la baisse, les restrictions halieutiques à la suite de la pollution des cours d'eau aux PCB ou la pitance des oiseaux piscicoles. De nombreux pêcheurs sportifs en tirent rapidement la conclusion erronée que rester membres d'une société et par conséquent de la FSP n'a pas de sens. C'est pourquoi nous multiplions nos efforts de formation des jeunes pêcheurs et pêcheuses qui constitueront la base future de nos effectifs.»
«Le recul de l'effectif des membres a des conséquences directes sur les finances de la fédération. Et pourtant malgré les mauvais présages, les comptes annuels 2008 de la fédération se soldent par un bénéfice de plus de 18'000 francs. L'augmentation de la cotisation à l'ordre du jour de l'AD du 9 mai se justifie-t-elle encore ?»
«Les comptes 2008 se sont soldés par un résultat positif grâce à la participation financière de l'OFEV à des projets, à la suspension temporaire de notre contribution au Bureau du conseil pour la pêche et à la réduction de certains honoraires. Il n'en demeure pas moins que les perspectives financières sont dramatiques compte tenu du fait que nous avons perdu un quart de nos membres ces 15 dernières années. Cela correspond à un manque à gagner d'environ 70'000 francs par année qu'il faut absolument compenser pour que la FSP puisse compter à moyen terme sur une base financière relativement saine. Elle ne serait plus en mesure d'assumer ses tâches de manière optimale si cette base venait à manquer.»
Ne pas jouer aux épiciers
«Quels sont vos souhaits pour la FSP ?»
«Je souhaite à la FSP qu'elle puisse compter encore plus de pêcheurs et de pêcheuses qui ne pensent pas qu'à leurs captures. Plus les problèmes qu'elle doit résoudre sont grands, plus la fédération doit être solide tant sur le plan de l'effectif de ses membres que sur le plan de ses finances. C'est à cette condition qu'il sera encore possible de capturer des poissons dans nos eaux dans 30, voire 50 ans.